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goude news

Xavier Dolan

Posted on May 23 2014, 17:52pm

Categories: #isabelle goude

Cannes : la Palme pour « Mommy », de Xavier Dolan ?

Le prodige a encore frappé. Quelques mois après avoir présenté Tom à la ferme à la Mostra de Venise, Xavier Dolan est de retour à Cannes avec le film le plus stupéfiant qu'on ait vu durant cette quinzaine. Il s'appelle Mommy, et il serait vraiment dommage de ne pas le retrouver samedi 24 mai au palmarès du Festival. Une nouvelle fois, Xavier Dolan a fait appel à Anne Dorval et à Suzanne Clément, les deux formidables comédiennes qui jouaient dans son premier film, J'ai tué ma mère (2009). Mommy, qui aurait tout aussi bien pu s'appeler « J'ai aimé ma mère », fournit au cinéaste québécois l'occasion d'une nouvelle variation sur le thème de sa maman. Agé d'à peine 20 ans à l'époque de son premier film, il voulait tuer sa mère. Cinq ans plus tard, dit-il, « j'essaye de la venger. Allez comprendre… »

Dans Mommy, Diane – « Die » – Després (Anne Dorval) est une femme extraordinaire. Veuve depuis trois ans, elle récupère la garde de son fils, Steve, dont l'établissement où il était scolarisé ne veut plus. La raison ? Il est atteint d'une forme grave de TDAH, autrement dit un trouble de l'attention avec hyperactivité qui le rend invivable pour son entourage. Plutôt que de le placer, ainsi que la loi le lui permet, dans une institution hospitalière, Die décide de s'en occuper elle-même pour tenter l'impossible : qu'il réalise son rêve d'intégrer la prestigieuse Juilliard School, à New York.

UN « COUPLE » HORS NORME

Très vite, Die comprend que la vie avec Steve va l'empêcher de vivre un tant soit peu normalement. C'est son choix. Tout tenter pour aider son fils à s'en sortir, fût-ce en l'affrontant violemment lors de crises homériques. L'amour d'une mère, de cette mère en tout cas, semble sans limite. Ce qu'elle endure, ces bordées d'injures, ces menaces, cette violence, personne d'autre au monde ne le supporterait. Enfin presque. Car de l'autre côté de la rue, une voisine prénommée Kyla (Suzanne Clément) est irrésistiblement attirée par ce « couple » hors norme. Elle, qui a dû quitter l'enseignement du fait de troubles aigus de l'élocution et dont la vie familiale – ceci expliquant peut-être cela – est d'une exaspérante monotonie, se prend d'amitié pour ce fils insupportable et cette mère courage aussi excentrique qu'elle-même semble conventionnelle. A tel point qu'il va bientôt lui suffire de traverser la rue pour se sentir enfin heureuse et décomplexée. Contre toute attente, Die, Steve et Kyla finissent par trouver, au milieu de ce capharnaüm sentimentalo-psychiatrique, une sensation de bonheur partagé. L'espoir que tout finisse par s'arranger. Impossible d'en dire davantage sous peine de déflorer la fin – absolument bouleversante. A 25 ans, Xavier Dolan est un des cinéastes contemporains les plus talentueux. Cadreur et directeur d'acteurs hors pair, il insuffle à ses films, celui-ci en particulier, une incroyable énergie.

DU RIRE AUX LARMES

Dans le rôle de Die, Anne Dorval est tout simplement géniale – mot galvaudé, surtout à Cannes, mais nous n'en voyons pas d'autre la concernant. Un ton en dessous, mais c'est son rôle qui veut cela, Suzanne Clément est remarquable. On n'est pas près non plus d'oublier Antoine-Olivier Pilon (Steve). Il n'est jamais facile d'incarner au cinéma des rôles de malades psychiatriques. Il est encore plus difficile de faire passer du rire aux larmes les 1 800 spectateurs du Grand Théâtre Lumière. Avec ses deux partenaires, il y est arrivé. S'il existait une Palme d'or des meilleurs dialogues, elle reviendrait sans la moindre hésitation à Xavier Dolan. Injures et accent québécois compris, c'est un festival. Sous-titres bienvenus. Par-delà cette fable à haute teneur québécoise sur les thèmes de la transmission et de la responsabilité, Dolan s'interroge sur le statut et la prise en charge du malade mental. Faut-il à tout prix chercher à l'intégrer « hors les murs », fût-ce en sacrifiant l'existence de ses proches ? Ou bien doit-on, parfois, accepter de s'en remettre à une institution spécialisée ? Ni dogmatisme ni parti pris, mais, là encore, une grande maturité.

Impossible de ne pas se sentir proche de Mommy. Impossible de ne pas partager ses tourments et ses espoirs, de ne pas comprendre le dilemme auquel elle doit faire face. Dolan ne juge jamais. Avec panache, musique au clair, il s'empare d'un minuscule fragment de condition humaine pour en faire un grand film.

LE MONDE - 23.05.2014

Film canadien de Xavier Dolan avec Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon, Suzanne Clément (2 h 14.) Date de sortie en salles non communiquée.

standing ovation pour Mommy à Cannes 2014

Xavier Dolan
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