Georges Gasté est l’un des rares peintres du début du 20è siècle à être allé jusqu’aux Indes et surtout à avoir vécu au milieu de la population locale, entre autres dans sa petite maison tout près du temple de Maduraï, haut lieu de l'Hindouisme.
Georges Gasté,
un Orient d’ombre et de lumière
1894-1910
Musée du Montparnasse
du 21 mars au 5 mai 2013
Célébrant le centenaire de la rétrospective Gasté qui eut lieu au Grand Palais à Paris en février 1913, cette exposition autour des oeuvres du peintre Georges Gasté se veut une invitation au voyage, mystérieuse et poétique, autour des peintures et des photographies de cet artiste, né à Paris en 1869 et qui passa la majeure partie de sa vie en Algérie, en Egypte et en Inde où il mourut en 1910.
L’exposition de mars 2013 au Musée du Montparnasse rassemble une cinquantaine de tableaux (peintures à l’huile, sanguines, pastel), portraits et scènes de la vie quotidiennes en Algérie, en Egypte et en Inde, issus de collections particulières et de collections de musées, ainsi que quatre-vingts photographies sur l’Algérie et l’Inde des années 1900 illustrant la rue, la population, les fêtes, les monuments, etc.
Georges Gasté a suivi son chemin en nomade, sans se soucier des courants artistiques de son époque ; loin de ses maîtres académiques et des révolutions picturales de son temps. Travailleur infatigable, il a été jusqu’au bout de ce qu’il nommait son « idéal » : peindre avec passion et sincérité.
- Une peinture qui unit la tradition et l’originalité :
G. Gasté fit les Beaux-Arts : sa peinture traduit un talent sûr, solide. Mais l’artiste se détacha très vite de ses maîtres académiques pour trouver son style. De ses principes picturaux est née une oeuvre originale et forte : une grande sobriété (en cela il se démarque de nombreux artistes orientalistes), la volonté de privilégier l’intensité d’un regard, l’authenticité d’une scène. De même que ses photos, ses tableaux ne veulent pas séduire, ils veulent refléter la vérité de l’Orient.
- Des photos d’une surprenante modernité :
Loin des photos orientalisantes de son temps (harems, nus…), Gasté a photographié en reporter inspiré les populations au milieu desquels il vivait. Intenses, fraiches, souvent mélancoliques, ces photos notamment semblent avoir été prises hier. A leur valeur historique s’ajoutent des qualités esthétiques -lumière, composition et cadrage- nées de son regard d’artiste.
Fils, petit-fils et neveu de marchands de tableaux, Constant Georges Gasté est né le 30 août 1869 à Paris, d’une famille originaire de Chablis. Orphelin de père à l’âge de deux ans, fils unique, il connait une enfance solitaire. Après avoir suivi les cours de l’atelier Colarossi, il entre à l’école des Beaux Arts, dans l’atelier d’Alexandre Cabanel, à tout juste dix-huit ans.
En 1892, lors d’un voyage au Maroc, en Algérie et en Palestine, il découvre la lumière du Sud. Une révélation : il décide de devenir Orientaliste. A partir de 1893, remarqué par le peintre Etienne Dinet qui l’accueille à Bou-Saâda, en Algérie, Gasté multiplie les longs séjours dans cette oasis aux portes du désert tout en voyageant à travers l’Afrique du Nord.
De 1893 à 1898, il envoie régulièrement des toiles au Salon des Artistes français de Paris et obtient plusieurs médailles.
A partir de 1898, il s’installe pendant quatre ans au Caire, où il peint inlassablement, fixant sur la toile ou sur des plaques de verre -Gasté fut également un formidable photographe- la vie quotidienne de ce pays de poussière et de sable. Désormais, il ne reviendra plus que rarement en France.
Contrairement à la plupart des Orientalistes européens qui se cantonnèrent à l’Afrique du Nord et au Proche-Orient, reproduisant dans leurs ateliers parisiens des pastiches de la vie orientale, Georges Gasté est l’un des rares peintres de cette époque à être allé jusqu’aux Indes et surtout à avoir vécu au milieu de la population locale, que ce soit en Algérie, en Egypte ou en Inde, fuyant une société coloniale dans laquelle il ne se reconnaissait pas.
En 1903, après avoir sillonné l’Espagne et de nouveau le Maroc, il rêve de pays plus lointains encore. Ce sera, en 1905, « cette terre mystique des Indes » : installé d’abord à Agra, au bord du fleuve qui longe le Taj Mahal, il est séduit par cette Inde musulmane qui lui inspire des toiles d’une grande humanité. Plusieurs paysages et portraits sont présentés à l’exposition des Orientalistes de 1906 et font parler de lui.
En 1908, après avoir effectué un périple à Venise et à Constantinople, l’artiste retourne en Inde, du Sud cette fois, à Madurai, haut lieu de l’Hindouisme, où il forme quelques élèves dans son atelier. Cette même année, à Paris, l’exposition des Orientalistes consacre sa notoriété : la majorité de ses toiles sont achetées et de nombreux articles évoquent l’atmosphère sensible de ses peintures et la qualité picturale de ses portraits. En 1909, il a l’autorisation (exceptionnelle pour un Européen) de passer six mois dans l’enceinte du grand temple de Madurai pour réaliser plusieurs tableaux : parmi eux, Le Bain des brahmines, (photo 1) est encensé par la critique lors du Salon de Paris de 1910. Malgré un succès qui s’amplifie, Gasté meurt le 12 septembre de la même année -il a 41 ans- dans la solitude de son atelier indien.
Sa vive sensibilité mêlée à un tempérament dépressif aura eu raison de celui qui affirmait : « On ne peut aller contre son destin, c’est lui et lui seul qui nous conduit ». En 1911, la rétrospective de ses oeuvres organisée au Salon des peintres orientalistes fait l’objet d’un catalogue raisonné. Gasté est consacré comme LE peintre des Indes. En février 1913, une autre rétrospective est organisée au Grand Palais, montrant notamment ses oeuvres indiennes.
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A chacun son voyage - Littérature - France Culture
http://www.franceculture.fr/emission-carnet-nomade-a-chacun-son-voyage-2013-05-04
Aude de Tocqueville parle de Georges Gasté à partir de la 30è minute.



