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Miele

Posted on October 4 2013, 08:04am

Categories: #isabelle goude

Miele

Premier film de l'actrice Valeria Golino (Respiro) et présenté à Un certain regard du Festival de Cannes 2013, "Miele" dresse le portrait d'une jeune femme qui vend à des malades en phase terminale un moyen d'en finir.

"Miele" : donner la mort, ce n'est pas une vie

LE MONDE - 24.09.2013

Il était une fois une jeune et jolie Italienne d'apparence tout ce qu'il y a de plus normale. Un père, un amant et, apparemment, un boulot à la fac. Aussi, quand elle décide de prendre l'avion pour Los Angeles, on se dit qu'elle part faure un tour en Californie. Mais pourquoi diable, à peine arrivée, se greffe-t-elle à un groupe de touristes américaines pour se rendre, en bus, au Mexique ? La réponse arrive dès le début du film : pour acheter du Nembutal. "Mon chien est très malade, je voudrais l'endormir", dit-elle au pharmacien, qui lui délivre deux boîtes sans sourciller.

Elle s'appelle Irène, mais, dans son travail, elle se fait appeler Miele. Son travail ? "Euthanasiste" ? Le mot n'existe pas. Disons alors qu'elle aide des personnes en phase terminale à mourir dignement à l'aide de barbituriques puissants. "Vous faites vraiment un boulot de merde", lui dira la soeur d'un de ses "patients".

On regarde Miele, on observe sa douceur, sa conviction, son savoir-faire, et, bien évidemment, on ne peut s'empêcher de se demander quelles sont ses motivations. Elle a perdu sa mère, il y a une dizaine d'années, des suites d'une maladie. Elle-même a fait deux années de médecine avant de sauter le pas et de venir en aide à ceux qui veulent mettre fin à leurs jours. Quoi d'autre ? Rien. La réalisatrice, Valeria Golino, ne souhaite pas en dire davantage. Comme s'il suffisait de regarder et d'écouter Miele pour comprendre.

UN BEAU FILM MAGNIFIQUEMENT INTERPRÉTÉ PAR JASMINE TRINCA

La première fois que nous la voyons "opérer", elle s'occupe de Clara, une femme malade et alitée qui a décidé, de son plein gré, d'en finir avec la vie. Son mari, un brave homme ravagé par le chagrin, prépare les gouttes qui vont l'endormir à jamais. Dans un coin, Miele observe, vérifie que tout se passe selon les bonnes règles du "protocole" ; demande une dernière fois à Clara si elle ne souhaite pas changer d'avis. Les gouttes, du chocolat pour recouvrir leur amertume, plus que deux minutes... Chaque geste, chaque mot, tout nous arrive droit au coeur. Plus tard, beaucoup plus tard, viendra le temps des questions éthiques. Pour l'heure, c'est juste le moment de l'adieu. Bouleversant et pudique à la fois.

Et puis un jour tout bascule. Celui qui demande à mourir, un certain monsieur Grimaldi, n'est pas malade. Il porte beau, vit dans un bel appartement et assure qu'il saura très bien se passer des services de Miele. Seul lui importe de disposer du produit. Un suicide assisté, en quelque sorte. "Je m'en remets à vous, lui dit-il sur le ton de l'ironie. C'est la première fois que je meurs." Problème de conscience, casse-tête éthique d'autant plus redoutable que Miele se met en tête de redonner goût à la vie à cet homme mystérieux...

Voilà bien un film étrange, grave et pénétrant. L'histoire d'une jeune fille pleine de vie qui finit par ne plus vouloir être invisible aux yeux de la société. Elle le sait mieux que quiconque : "Personne ne veut mourir. Tous veulent vivre, sauf que leur vie n'est plus une vie." Sauf aussi que donner la mort, ce n'est pas une vie quand on a à peine 30 ans. Reste alors à contempler les merveilles de la mosquée Süleymaniye à Istanbul. Et à écouter Georges Brassens : "Les sabots d'Hélène étaient tout crottés..." Les sabots de Miele débordent d'humanité. Un beau film, vraiment, magnifiquement interprété par Jasmine Trinca.

Franck Nouchi

Miele

la critique Télérama

25/09/2013

Miele donne la mort. Ou plutôt la vend. C'est le métier et la cause de cette militante de l'euthanasie. Ses « clients » ? Une vieille femme en phase terminale, un garçon atteint d'une maladie génétique, un homme condamné à la dégénérescence. Pour se procurer les barbituriques nécessaires, interdits à la vente en Europe, la jeune femme fait régulièrement l'aller-retour entre l'Italie et le Mexique. Derrière Miele, douce maîtresse de cérémonies funèbres, se cache Irene, la trentaine solitaire, avide de sensations fortes — elle court et nage jusqu'à épuisement. Un jour, un client atypique, suicidaire malgré sa santé de fer, fait vaciller sa double vie.

Pour son passage derrière la ­caméra, l'actrice Valeria Golino (Respiro) adapte un roman au sujet dérangeant. La réussite du film tient précisément à ce qu'elle ne le traite jamais comme tel : en pariant sur le mystère et le charisme d'un personnage à mi-chemin entre le garçon manqué et la femme fatale (vraiment fatale), elle joue le romanesque contre le film dossier. Délaisse le débat de société (euthanasie : pour ou contre) et s'empare d'un motif autrement plus intime et intemporel : la jeune fille et la mort.

C'est dans ce face-à-face tragique entre Irene et son client que la réalisatrice aborde la complexité du sujet. La lucidité amère du vieil homme conduit la militante à douter de ses convictions les plus ancrées — pourquoi untel mériterait-il plus de mourir dignement que tel autre ? Au-delà de la justesse de cette relation tourmentée et des scènes de « suicide assisté », cliniques et glaçantes, l'atout majeur du film s'appelle Jasmine Trinca (La Chambre du fils, Nos meilleures années). Elle prête à son personnage d'ange de la mort une gravité bouleversante, presque enfantine. — Mathilde Blottière

Miele
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