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Missa 1733

Posted on October 3 2012, 08:45am

Categories: #isabelle goude

Missa 1733

« Missa 1733 » désigne simplement le Kyrie et le Gloria que Bach composa en 1733, et qu'une dizaine d'années plus tard, jusqu'à son dernier souffle, il com­pléta de sections supplémentaires (Credo, Sanctus, Agnus Dei) pour réa­liser sa « missa tota », la célèbre Messe en si ­mineur.

Cette « Missa 1733 », c'est ce qu'on pourrait appeler en sculpture un « torso » — un buste inachevé, assez parfait cependant pour se suffire à lui-même. Quelles raisons ont conduit Bach, en dehors de toute commande et de toute perspective liturgique, à composer ces deux pages magistrales, qui n'ont jamais été exécutées telles quelles de son vivant ? D'abord, l'espoir d'une vie professionnelle meilleure. Dix ans après sa nomination à l'église Saint-Thomas de Leipzig, Bach étouffe sous la férule de ses employeurs, qui opposent toujours à ses demandes de gratification la même fin de non-­recevoir : qu'il enseigne plus, compose moins, sans gagner davantage. Lorsqu'à la tête de la Saxe voisine accède un nouveau souverain réputé ­libéral et mélomane, Bach sollicite aussitôt un poste honorifique à la cour de Dresde, promotion qui lui permettrait d'en imposer à ses autorités de ­tutelle, et de les faire plier. Surnommée la Florence du Nord, Dresde fait figure, au XVIIIe siècle, d'Eldorado artistique, attirant sur les bords de l'Elbe le gratin des instrumentistes et des chanteurs. Pour appuyer sa demande, Bach destine à cette cité florissante une offrande musicale à la mesure de ses fastes orchestraux et de sa richesse vocale : ce Kyrie et ce Gloria, enchaînés sur le modèle des quatre « Missae breves » antérieures du Cantor (1) . Une cinquième messe brève, donc, que cette « Missa 1733 ».

Missa 1733

A la tête de son ensemble Pygmalion, ­Raphaël Pichon la dirige dans le même esprit d'opulence et d'allégresse, avec la même vigueur rythmique, comme porté par la même espérance d'une carrière mieux récompensée. Ses vingt-cinq choristes font jeu égal, en densité et en puissance, en dextérité et en transparence, avec l'orchestre, d'un effectif équivalent. Quant aux sections pour solistes et instruments obligés (le Laudamus te pour soprano et violon solo, le Qui sedes ad dexteram Patris, pour alto et hautbois d'amour, le Quoniam tu solus sanctus, pour basse et cor de chasse), elles entre­lacent dans une lumineuse broderie sonore dentelle instrumentale et arabesque lyrique. Pour la plus grande gloire de Dieu ? D'abord pour celle de Bach, et de ses interprètes d'aujourd'hui.

télérama - septembre 2012

Autre version. Direction Daniel Reuss.

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