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goude news

O solitude

Posted on July 1 2012, 16:44pm

Categories: #isabelle goude

Le très beau film VILLA AMALIA reste en mémoire, avec cette magnifique musique d'Henri Purcell.

Le très beau film VILLA AMALIA reste en mémoire, avec cette magnifique musique d'Henri Purcell.

VILLA AMALIA

Le Monde critique :

Une femme disparaît. Rien d'hitchcockien dans le film de Benoît Jacquot inspiré par le roman de Pascal Quignard, plutôt une trajectoire à la Antonioni, à la Paul Bowles. La chronique d'une sorte de mue, d'une désintégration de soi-même à des fins panthéistes. Une femme surprend son compagnon dans les bras d'une autre, et sa réaction n'est pas seulement de rompre avec l'infidèle. Brutalement, elle liquide tout, son appartement, ses meubles, son compte bancaire, et le piano avec lequel elle gagnait sa vie. Elle se déleste, avec la complicité d'un ami d'enfance brusquement retrouvé, et éteint sa vie d'avant.

Déterminée à devenir invisible, voyageuse sans bagages, elle largue, vend, brûle, immole, fait le vide. Devient intouchable. Le film commence dans le feu et les cendres. Son héroïne renaît par l'eau, la natation dans une piscine, l'infini d'une mer lorsqu'elle se pose dans une villa à Ischia, et se lie avec une belle Italienne. Entre-temps, elle a voyagé, pris le train, la route, le car, changé d'habit, de coiffure, et de visage même, semblant venir d'un autre monde.

Le film, c'est une de ses qualités, va vite. Il est tranchant, aligne des émotions imprévisibles sans s'épancher, sans expliquer. C'est un film sans psychologie, où Benoît Jacquot saisit des états d'âme, ou plutôt une métamorphose d'états d'âme. Ann Hiden (tel est le nom de l'héroïne) renonce à son profil intime, s'efface jusqu'à tenter de devenir invisible, afin d'accéder à un autre état, de remplacer le repli sur soi par une ouverture à la beauté du monde. L'étrangeté d'exister change de frontières.

Villa Amalia est un film déroutant, la démarche de cette femme échappe à l'ordinaire, et on n'est pas invité à comprendre mais à ressentir, happer des sensations, déceler des connivences par fragments, faire inconscient commun. On n'a aucun mal en revanche à assimiler l'osmose entre Ann et Isabelle Huppert tant la comédienne trouve là un point d'orgue de sa partition de toujours, la quête d'une solitude sereine et apaisée, le dépouillement dans le jeu jusqu'à la déconstruction, l'euphorie invisible à arborer dix masques différents.

Aucun mal non plus à relier cette quête d'évaporation d'une femme aux autres films de Benoît Jacquot, histoires de sauts dans le vide, d'évasions hors des huis clos et des prisons sociales, histoires d'errances et de transgressions, pour changer d'état. Ce film énigmatique arbore une fascination pour un choix de vie inconfortable, dangereux, anormal, mais qui palpite.

A l'image de son héroïne, il est musical, avec stridences, dissonances, épures, notes en écho du néant, lyrisme de Purcell, harmonies de Bruno Coulais, résonances d'une fêlure. Villa Amalia est aussi l'histoire d'une concertiste découvrant que le compromis n'est plus dans ses cordes et qui change de solfège, en deux temps trois mouvements.

Télérama critique :

Pour raconter l'histoire d'une musicienne qui décide de tout quitter - maison, compagnon, travail - et de réinventer son rapport au monde dans le sud de l'Italie, le romancier Pascal Quignard n'échappait pas à la préciosité. Benoît Jacquot, lui, signe un film tranchant, presque brutal : partir sans rien laisser, avec la volonté que l'on ne vous retrouve pas, est un combat. Vendre ses biens, résilier ce qui vous lie aux autres et à la société, brouiller les pistes : au fil de ces démarches, Isabelle Huppert est filmée comme une force en mouvement. Son périple à travers l'Europe, en train, bus, avion, pourrait être celui d'un agent double, ou triple, et il est mis en scène ainsi : montage ultraserré, cadrages qui surprennent toujours. Son jeu, qui échappe à tout psychologisme, est une école du détail : une façon de se masser les mains avant de se mettre au piano, une autre de chercher l'air après avoir nagé, une ébauche de sourire ou un mouvement des yeux, tout exprime avec force et économie la nécessité qu'a ce personnage de se sauver. Une femme qui part et se transforme : c'était déjà le sujet des deux précédents films de Benoît Jacquot, A tout de suite et L'Intouchable. Mais, ici, le processus est si accompli qu'il autorise même, passée la tentation quasi mystique de la vie d'ermite, une acceptation du monde un temps rejeté. Rencontres de hasard, amitiés fidèles (Jean-Hugues Anglade, d'une grande justesse) et mini-coup de théâtre concourent peu à peu à l'apaisement. Le périple est aussi celui d'une immense actrice s'appropriant un personnage, le conduisant haut dans l'éther pour mieux le ramener sur terre, parmi nous.

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