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Profils paysans

Posted on April 26 2013, 13:26pm

Categories: #isabelle goude, #raymond Depardon

Profils paysans

Documentaire en trois volets, « L’approche », sorti en 2001, « Le Quotidien, sorti en 2005 et "La Vie Moderne", sorti en 2008, « Profils paysans » est un travail organisé sur plusieurs années dans plusieurs régions françaises, où Raymond Depardon a choisi d’évoquer un monde paysan en voie de disparition, mais familier de son enfance : celui de ces hommes quasiment tous à l’âge de la retraite et vivant souvent seuls avec quelques bêtes dans des fermes anciennes de moyenne montagne. Certaines exploitations deviennent peu à peu des lieux de résidence secondaire, d’autres, plus rares, sont reprises par des jeunes. Le mode de vie qui s’y rapportait appartient désormais au passé…

Sur Arte, dimanche 28 à 14h20, lundi 29 à 14h00 et mardi 30 avril 2013 à14h00,

ou en replay sur internet, sur http://www.arte.tv/guide/fr/plus7

PROFILS PAYSANS (1) - l'approche

De l'automne 1999 au printemps 2000, l'objectif de Raymond Depardon s'attache aux destinées de quelques paysans. Jours après jours, le photographe filme avec une grande retenue les gens de la terre. Marcelle Brès, 85 ans, vient de perdre son fils. La vieille femme cherche un repreneur susceptible de prendre en charge ses terres du Pont-de-Montvert, en Lozère. Raymond Rivat, un voisin du Vil-Aret, lui rend visite. Ce dernier, âgé de 75 ans, tient une propriété avec son frère aîné Marcel et deux neveux, Alain et Monique Rouvière, restés célibataires...

CRITIQUE TELERAMA LORS DE LA SORTIE EN SALLE DU 23/02/2005

C'est un documentaire au très long cours (plusieurs années de tournage) que Depardon a entrepris de consacrer aux paysans. Pas n'importe lesquels : ceux qui « ressemblent à des gens d'un autre âge », comme il dit, derniers témoins d'une civilisation en sursis. Une poignée de personnages éparpillés dans de petites propriétés entre Lozère et Haute-Loire, qu'on dirait incrustés dans leur décor depuis des siècles. La caméra observe, immobile, des hommes et des femmes qui, à tour de rôle, font ce qu'ils ont toujours fait. Parlent avec leurs mots de tous les jours. Vivent un quotidien ascétique et qu'on jurerait sans histoire. Sans histoire ? Evidemment non. Cette fresque minimaliste est aussi d'une surprenante densité. Comme si chaque geste, chaque parole devenait l'indice d'une étoffe humaine incomparable. Et l'on est, une fois de plus, captivé par l'art tenace et discret de Depardon, qui laisse le temps faire son oeuvre, dégageant des vérités indélébiles du cours banal des conversations. De ces très longs plans fixes, de ces moments « en creux », de ces existences qui s'écoulent au ralenti, le cinéaste parvient à tirer des éclats de vie inouïs. En écoutant ces hommes et ces femmes, « on se sent plus près des choses essentielles de la vie », dit encore le cinéaste. Ce premier volet d'une trilogie appelée à faire date est tout entier à l'image de cette phrase : très simple et très beau. Jean-Claude Loiseau

Profils paysans

PROFILS PAYSANS (2) - le quotidien

Le film s'ouvre sur l'enterrement de Louis Bresse, un des agriculteurs que nous avait présenté Raymond Depardon dans le pemier chapitre de cette trilogie. En Lozère, Ardèche et Haute-Loire, nous retrouvons plusieurs familles du monde rural.

LA CRITIQUE TELERAMA LORS DE LA SORTIE EN SALLE

« C'est aussi, en quelque sorte, un autoportrait. J'ai le même âge que certains des paysans et je me dis : "Voilà, Raymond, ce que tu serais devenu si tu étais resté à la ferme" », confiait Depardon (Télérama no 2676) lors de la diffusion du premier volet de Profils paysans. C'est dire la valeur personnelle de cette aventure menée sur plusieurs années. Avec la même patience inquiète que celle des paysans filmés, éleveurs en moyenne montagne. Plaisir de voir - ou de retrouver - Paul Argaud, l'apache solitaire aux longs cheveux, le costaud Robert Maneval, fort en gueule qui pourrait sortir d'un Grémillon, Marcelle Brès, 87 ans, fée gracieuse malgré sa maladie de Parkinson... Des personnes sans histoire, des taiseux, souvent, qui ont l'air d'innocents gênés face à la caméra. Ils posent comme pour une photo, dans la cuisine, à côté du tracteur. Lorsqu'ils parlent, cela devient du théâtre de ferme, des saynètes autour d'une succession, de l'Europe, du métier en pleine mutation. C'est un monde en sursis, désormais exclu du paysage médiatique, à part chez Jean-Pierre Pernaut, qui monopolise le filon. Associés au passé, étrangers à la mode, ces paysans sont devenus minoritaires. L'image, d'ailleurs, ils s'en méfient. Lorsque Depardon titille Marcel Privat au sujet de son ami défunt, en singeant le journaliste rapace, l'autre se défile. Chez ces gens-là, Monsieur, on ne s'exhibe pas. Des villages se vident. Des fermes sont aménagées en résidences secondaires. Il y a bien des jeunes couples pleins d'ardeur qui tentent de prendre la relève, mais ils peinent. Sûr, c'est plus comme avant. Nul constat édifiant pourtant, ici, nulle volonté de dresser un panorama exhaustif. On perçoit juste au fil des conversations la densité de ce métier très physique et sans répit, peut-être sain, mais anxiogène, car la nature comme le matériel imposent leurs caprices. On devine que la solidarité a encore un sens ici. Mais que la solitude pèse sans doute plus qu'ailleurs. C'est surtout un album de famille, délibérément flou, incomplet. Comme si les absents comptaient autant, sinon plus, comme si l'essentiel ne pouvait se dire. Entre faire silence ou brusquer par des questions, Depardon est tiraillé, et c'est aussi cela qu'il filme, alternant plans lointains ou rapprochés, comme si lui-même cherchait sa place. Il y a ce moment, petit miracle, où une dame croisée par hasard demande : « Mais vous me filmez ? Pour quoi faire ? », et, du tac au tac, la Marcelle Brès de répondre : « Parce que tu es là. » Saisir dans le champ de sa caméra le passage des personnes, avant qu'il ne soit trop tard, voilà la hantise du cinéma de Depardon. Jacques Morice

Profils paysans

PROFILS PAYSANS (3) - la vie moderne

Ce troisième volet documentaire remet sur le métier ce qui était en jeu dans les précédents. Soit une question, une méthode, une manière. La question est celle de la survie de ces exploitations, avec le vieillissement des propriétaires et le problème douloureux de leur succession. La méthode est celle d'une approche fondée sur la confiance et le respect, la recherche d'une juste distance, qui ne prétend pas à la fausse proximité, et ne tombe pas dans l'écueil de l'observation surplombante. La manière relève d'une infinie délicatesse, d'une impression de naturel et de simplicité, dont on sait bien qu'elles tiennent par le cinéma de Depardon. (Le Monde 28-10-2008)

LA CRITIQUE TELERAMA

Le royaume des morts ? C'est au moins une région reculée qu'on approche, devancé par une musique mélancolique de Fauré. Prologue de toute beauté sur une route sinueuse de campagne avec, tout au bout, une ferme. Bienvenue dans le dernier opus d'une trilogie du monde rural au long cours. Du temps a passé, certains sont décédés (la délicieuse Marcelle Brès). Marcel, l'aîné des Privat (84 ans !), ne peut plus mener les bêtes au pré sinon aux beaux jours. Il y a bien de bonnes nouvelles, des naissances, le neveu des Privat qui s'est trouvé une femme et dont l'exploitation tourne bien. Mais le sentiment dominant est plutôt celui d'une précarité accrue.

On voit les fermes cévenoles ensevelies sous la neige, on apprend qu'il y a eu une épidémie. Lorsque Raymond Privat regarde sa vache paralysée en train de mourir, il a l'air aussi terrassé qu'elle. C'est bien la vie moderne, mais avec une relation immémoriale à la nature. Malgré, parfois, l'échec de l'échange avec Depardon, un lien fort existe entre eux.

Le film regorge de détails qui ne s'inventent pas : le verre Duralex pour boire le café, une marque de cigarettes antédiluvienne, le « klong » de l'horloge. Et cet homme sur son tracteur, qui acquiesce sans vraiment répondre aux questions, ne l'a-t-on pas vu ailleurs, dans un vieil album de famille ? Un puits de fictions s'ouvre, du film de fantômes au western. Mais il est tard, il faut se rentrer. On reprend la route qui descend vers la vallée, Raymond Privat nous salue de loin, et cette fois la caméra filme depuis l'arrière. Mouvement de détachement difficile, presque d'arrachement. Jacques Morice.

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