Un long métrage saoudien réalisé par une femme sur une petite fille rebelle rêvant d'une bicyclette dans le royaume où les femmes sont privées de droits, a été doublement primé au festival du film de Dubaï en décembre 2012 après avoir été longuement ovationné au Festival de Venise en septembre.
Sortie le 6 février prochain.
« Wadjda », l’aventure d’une petite-fille du même nom, bien décidée à se payer la bicyclette verte dont elle rêve malgré les réticences de son père et leurs petits moyens. Pour réunir l’argent, elle convoite la récompense d’une compétition de récitation des versets du Coran organisée par son école.
Avec ses baskets, son voile mal ajusté et son abaya dévoilant son jean, Wajda tente d'échapper au carcan des traditions et au strict règlement de son école de filles, régie comme une prison.
Ce film émouvant évoque également la condition des Saoudiens des classes peu favorisées, à travers la mère de Wajda, qui doit faire face aux tracasseries d'un chauffeur étranger pour pouvoir aller travailler, l'Arabie étant le seul pays où les femmes n'ont pas le droit de conduire.
Dans ses films, Haïfa Al Mansour s’attaque aux tabous, à l’intolérance et aux mœurs rigoureuses de sa culture, mais avec une certaine mesure et la volonté de rester dans le vrai. Si son travail permet de briser le mur du silence qui entoure la vie des femmes saoudiennes - ici notamment avec le personnage de la mère de Wadjda qui tente de convaincre son mari de ne pas prendre une seconde épouse-, et de leur redonner un peu la parole, elle se refuse à stigmatiser la gent masculine. « Wajda est peut-être un film sur les femmes, concède-t-elle, mais je ne l’ai pas pensé ainsi au départ. Je voulais faire un film sur les choses que je connais et que j’ai vécues. Il était important pour moi que les hommes du film ne soient pas des caricatures(…) Dans mon film, les hommes et les femmes sont embarqués dans le même bateau ».
Par son travail, la réalisatrice contribue aussi à faire vivre le débat sur l’ouverture de salles de cinéma publiques en Arabie Saoudite, interdites depuis les années 70.

