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L'agneau ressuscité

Posted on November 22 2013, 09:19am

Categories: #isabelle goude

L'agneau ressuscité

D'une voix douce, Hélène Dubois raconte son « éblouissement » lorsque, à 15 ans, alors que l'histoire de l'art ne la passionnait « pas vraiment », elle découvre le retable aux 24 tableaux qui va changer sa vie. Ses parents l'ont emmenée visiter la cathédrale Saint-Bavon de Gand (Belgique). C'est là qu'est exposée L'Adoration de l'agneau mystique, une œuvre mythique, peinte en 1432, parmi les plus célèbres au monde, fierté d'une Flandre qui estime toujours posséder un bien comparable, au moins, à La Joconde. « Un trésor céleste, une véritable mer abondant de grâce », écrivait l'historien Lucas de Heere en… 1559.

« Ce fut le coup de foudre et le début de ma vocation », sourit Hélène Dubois, historienne de l'art et restauratrice. Après avoir travaillé aux Etats-Unis, en Allemagne et aux Pays-Bas, rénové des Rubens en Belgique, elle est l'une des neuf spécialistes qui, depuis un an et jusqu'à la fin de 2017, mènent à bien la restauration complète du polyptyque, œuvre majeure du primitif flamand Jan Van Eyck, ce peintre du XVe siècle qui continue d'éblouir par son utilisation de la perspective.

« Son travail est encore plus raffiné que tout ce que l'on a pu en dire », s'extasie Hélène Dubois, qui participe à la plus grande opération du genre menée en Belgique. Ramenée aux dimensions du pays, l'entreprise ressemble, pour ses promoteurs, à la célèbre rénovation de la chapelle Sixtine.

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LE MONDE - 29.10.2013

L'agneau ressuscité

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SE RAPPROCHER AU PLUS PRÈS DE L'ÉTAT ORIGINEL

Les visiteurs du Musée des beaux-arts (MSK) de Gand sont, eux aussi, fascinés par le travail quotidien de l'équipe dirigée par Livia Depuydt-Elbaum, responsable de la conservation des peintures de l'Institut royal du patrimoine artistique (IRPA). Enfants, touristes, groupes de personnes âgées se massent quotidiennement devant l'épaisse vitre qui les sépare de la salle éclairée par une verrière où opèrent les spécialistes. Les responsables de l'opération ont voulu qu'elle se déroule sous les yeux du public, qu'on ne pouvait priver de ce chef-d'œuvre national.

Assis, buste incliné, lampe sur le front, la main qu'ils n'utilisent pas gantée de soie, ils enlèvent, à raison de 4 cm² par jour au maximum, les vernis cétones et les surpeints -– retouches anciennes -– et veillent au moindre détail pour ne pas trahir le travail et la couleur. Ils ont mis en évidence les coups de pinceau et vu apparaître de minuscules « lacunes » (des trous) qu'il faudra ensuite délicatement combler. « Nous ne retrouverons jamais complètement l'état originel, mais nous nous en rapprocherons au plus près », explique Livia Depuydt-Elbaum.

Un coup d'œil sur les premières réalisations, portant sur un tiers du retable, montre des jaunes devenus blancs, d'une splendeur éclatante, qui promettent de dérouter plus d'un admirateur. Saint Jean et saint Jean-Baptiste apparaissent comme des statues en pierre blanche, nichées dans de la pierre de Bourgogne, que voulait figurer Van Eyck. L'entreprise réserve d'autres surprises : ainsi, un mystérieux visage a affleuré sous le dessin d'Intérieur avec vue de la ville.

ÉVITER LES CONTROVERSES

Comme en 1950, lors d'une restauration rendue nécessaire par l'état du tableau et les nombreuses vicissitudes qu'il avait connues, une commission internationale de vingt experts supervise les travaux. Les spécialistes mobilisés évoquent les aspects esthétiques mais aussi pratiques et tentent de répondre à toutes les questions posées par un travail d'une telle importance. En évitant que naissent des controverses comme celles qu'ont engendrées des « nettoyages » célèbres, dont celui de La Ronde de nuit, de Rembrandt, en 1946.

Les experts internationaux qui se réunissent périodiquement à Gand se sont, paraît-il, déjà livrés à quelques joutes mémorables, influencées par leur tradition nationale : « interventionniste » pour les Anglo-Saxons, « prudente » pour les Germaniques.

Livia Depuydt-Elbaum dirige, avec l'espoir que chacun livre « le meilleur de lui-même », sa dizaine de collaborateurs, néerlandophones ou francophones (l'IRPA est une institution fédérale dans un royaume où la culture a été largement « communautarisée »), presque tous anciens stagiaires de son institution, et dotés d'une expérience d'une dizaine d'années.

UN « HONNEUR INCROYABLE »

Rentré du Texas et du Kimbell Art Museum, où il travaillait après des passages par le Louvre et la National Gallery of Art de Washington, Bart Devolder, 34 ans, a hérité de la représentation de l'archange Gabriel. Il n'a pas hésité une seconde lorsqu'on lui a proposé de participer aux travaux de Gand. Il parle d'un « honneur incroyable » et raconte que, sur son bureau aux Etats-Unis, trônait une carte postale représentant un fragment du tableau, « le plus beau de tous les temps ».

L'agneau ressuscité

Le jour de notre visite, un microscope ultra-perfectionné scrute la moindre craquelure et le détail le plus infime d'un retable incroyablement riche, où l'on recense au total quelque 250 personnages, 42 espèces de plantes et de fleurs, ou de mystérieuses inscriptions hébraïques, latines et grecques, jamais vraiment expliquées. Sur l'écran, un oeil venu du fond des temps, agrandi des dizaines de fois, impressionne par la minutie de son trait. Infime élément, pourtant, de ce savant polyptyque illustrant la rédemption de l'humanité par le sacrifice du Christ.

Dans la salle, le silence est impressionnant. « Chaque fois que j'y arrive, j'ai l'impression de rentrer dans le XVe siècle », sourit la coordinatrice de cette opération de très longue haleine, financée pour l'essentiel par les pouvoirs publics flamands, qui auront déboursé 1,26 million d'euros au total. Un montant modeste mais pas facile à rassembler dans ce pays complexe, où les acteurs du monde culturel doivent surtout apprendre la débrouille.

MYSTÈRES LIÉS À LA LONGUE VIE DE L'ŒUVRE

S'il permettra, qui sait, de répondre à quelques questions non résolues sur la signification profonde de l'Agneau mystique, le travail de l'IRPA n'élucidera sûrement pas tous les mystères liés à la longue vie de l'œuvre de Van Eyck, ou plutôt des Van Eyck. « Deux mains différentes semblent bien avoir œuvré à l'Agneau mystique, mais quant à savoir laquelle appartenait à Hubert ou à Jean… », écrivent André Van der Elst et Michel de Bom, deux auteurs qui ont enquêté sur les péripéties du tableau (Le Vol de l'Agneau mystique, Editions Jourdan, 2009).

L'épisode qui aura conféré définitivement sa part de mystère au chef-d'œuvre gantois date de 1934 et reste, à ce jour, sans explication. Dans la nuit du 10 au 11 avril disparaissent deux pans du tableau, la « grisaille » (tableau uniquement composé de tons gris) de saint Jean-Baptiste et Les Juges intègres, dix cavaliers richement vêtus se rendant vers l'Agneau-Christ sacrifié, un groupe dans lequel s'étaient peut-être représentés les frères Van Eyck. Le premier panneau fut restitué, le second n'a jamais été retrouvé. Il a donc été remplacé par une copie extrêmement fidèle, réalisée en 1941 par Joseph Van der Veken, un peintre et restaurateur tellement talentueux qu'il a revendu comme originaux, y compris à des musées, des tableaux anciens qu'il avait remis « en parfait état »…...

Qui a volé Les Juges intègres ? Une enquête a fini par désigner Arsène Goedertier, un ancien sacristain devenu un banquier très aisé. En novembre 1934, victime d'une crise cardiaque, il agonise et fait venir son ami avocat pour lui confier, dit-il, où se trouve le tableau. Il meurt dans un râle, après avoir été interrompu par l'arrivée d'un moine…...

En 2001, soit soixante-trois ans après les faits, un journaliste révèle que, en 1938, le conseil des ministres a évoqué l'offre d'un avocat, dont l'un des clients proposait de restituer la partie volée du polyptyque en échange d'un million de francs belges. Le premier ministre Paul-Henri Spaak avait rejeté toute idée de transaction.

Dans leur ouvrage, MM. Van der Elst et de Bom affirment que trois lieux susceptibles d'abriter le tableau n'ont jamais été fouillés. Retrouvé, supposent-ils, durant la seconde guerre mondiale, il serait dans un bâtiment appartenant à l'évêché de Gand, probablement le palais épiscopal.

Ce n'est pas la seule aventure qu'ait connue le retable, objet de treize vols en moins de six siècles. A la fin du XVIe siècle, il échappe de peu à la destruction lorsque les calvinistes font déferler sur Gand une vague iconoclaste. Mis à l'abri à l'hôtel de ville, il retrouve sa place d'origine. En 1794, les troupes françaises confisquent les quatre panneaux centraux qui, restaurés à Paris, orneront le Louvre jusqu'en 1815. Après la bataille de Waterloo, le duc de Wellington les fera restituer. A peine le temps pour les Belges d'en profiter que les panneaux latéraux disparaissent à leur tour, vendus par le vicaire général, en l'absence de l'évêque. En 1821, ils atterrissent chez le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. Berlin les conserve plusieurs décennies. Ils sont sciés dans leur épaisseur afin de pouvoir exposer les deux faces simultanément.

Mais, en 1919, le traité de Versailles oblige l'Allemagne à restituer les fameux panneaux. En mai 1940, les nazis veulent laver l'affront et récupérer ce qu'ils estiment un produit de l'art germanique. Ils ne mettront toutefois la main sur le Van Eyck, évacué à Pau, qu'en août 1942, lorsque le retable leur est livré par le régime de Vichy. Promis au musée qu'Hitler souhaitait ériger à Linz, en Autriche, le chef-d'œuvre est découvert en mai 1945 par l'armée américaine au milieu d'autres merveilles dans une mine de sel d'Altaussee.

La folle saga de l'œuvre s'arrêtera-t-elle lorsque la restauration sera achevée, en 2017 ? Pas tout à fait. Car, à ce moment, il faudra trancher une question-clé : où sera exposé le « nouvel » Agneau mystique ? Dans la cathédrale de Gand ou ailleurs ? Pour certains, pas question de toucher au divin mystère du polyptyque et de l'extraire de son lieu d'origine. Pour d'autres, sa place ne peut être que dans un musée.

Par Jean-Pierre Stoobants pour Le Monde.

détail du bas de la robe de Dieu le père, en haut au centre du retable ouvert.

détail du bas de la robe de Dieu le père, en haut au centre du retable ouvert.

Les frères Van Eyck sont tous deux nés à Maaseick. Hubert (v. 1366-1426) joue un rôle moins important que son frère Jan (v. 1390-1441). Ce dernier est considéré comme l'un des plus grands artistes de l'art flamand du 15e siècle. On connaît assez bien les grandes étapes de sa vie. De 1422 à 1424, il est au service de Jean III de Bavière (1375-1425), comte de Hollande et de Zélande. La cour de ce prince est à La Haye et Jan y est employé comme peintre et valet de chambre. Il travaille en particulier à la décoration du palais. Jean de Bavière décède en 1424. Philippe le Bon, duc de Bourgogne (1396-1467) prend alors l'artiste à son service et lui octroie une pension annuelle de 100 livres rétribuant les fonctions de peintre ducal et de valet de chambre. Le duc de Bourgogne confiera également plusieurs missions diplomatiques à Jan Van Eyck, en particulier en Espagne en 1426-27 et au Portugal en 1428-29. De 1426 à 1429 le peintre réside à Lille, puis vers 1430, il s'établit à Bruges. Il poursuit dans cette ville ou dans d'autres villes (Hesdin, Bruxelles, Lille) la décoration de palais et réalise probablement des œuvres mineures destinées aux fêtes de la cour ainsi que des portraits du duc et de sa famille. La plupart de ces œuvres ne nous sont pas parvenues.

Jan Van Eyck a longtemps été considéré comme l'inventeur de la peinture à l'huile, mais en réalité, ce procédé technique est plus ancien. Il est certain, par contre, que les artistes flamands du début du 15e siècle ont considérablement fait progresser les possibilités offertes par cette technique. Van Eyck a sans doute été le principal novateur dans ce domaine.

Les œuvres de Van Eyck sont signées et accompagnées de sa devise « ALC IXH XAN » (« comme je peux »).

Le polyptyque est un ensemble comportant plusieurs panneaux, les volets extérieurs se refermant sur le panneau central. Il peut s'agir de peinture ou de sculpture. Le polyptyque est en général commandé à un peintre par un personnage influent qui en fait don à un établissement religieux. Il était d'usage de représenter le donateur, faisant acte de dévotion, sur l'un des volets latéraux. Le polyptyque, s'il était installé dans une église, faisait souvent office de retable. Un retable est une construction décorative verticale posée derrière l'autel.

Le retable de L'Adoration de l'Agneau mystique, ouvert (1432). Ce polyptyque est installé dans la cathédrale Saint-Bavon de Gand (Belgique) et comprend 24 panneaux. Il a été commencé par Hubert Van Eyck et terminé par son frère Jan après la mort de Hubert. La partie supérieure représente le Christ-Roi assis entre la Vierge Marie et saint Jean-Baptiste. À droite et à gauche de ces trois personnages, des anges chantant et jouant de la musique. Les deux panneaux extérieurs représentent Adam et Ève. La partie inférieure est consacrée à l'adoration de l'Agneau de Dieu, par plusieurs groupes de personnes priant.

Le retable de L'Adoration de l'Agneau mystique, fermé (1432). Les jours de semaine, les panneaux étaient repliés. La partie supérieure montre l'Annonciation à Marie : l’archange Gabriel (à droite avec des ailes), annonce à Marie (à gauche) qu’elle sera mère du fils de Dieu. Dans la partie inférieure gauche se trouve le donateur Jodocus Vijd, riche marchand de Gand. La volet de droite représente sa femme Lysbette Borluut.

retable de l'agneau ressuscité ouvert

retable de l'agneau ressuscité ouvert

retable de l'agneau ressuscité fermé

retable de l'agneau ressuscité fermé

Description du polyptyque ouvert (3m50 x 4m61)

Les panneaux inférieurs :

A l'intérieur du retable, dans le panneau central inférieur, s'étend un paysage paradisiaque. L'agneau mystique, symbole de l'innocence, est le Christ incarné. il est debout sur un autel, où est inscrit : "L'Agneau de Dieu qui a pris sur lui les péchés du monde".

L'agneau ressuscité

Il verse son sang dans un calice, image sacrificielle du Christ. Il est entouré d'anges, les uns priant, les autres agitant des encensoirs ou portant les instruments de la Passion (couronne d'épines, clous, la colonne de la flagellation, le fouet...). Devant l'Agneau, se trouve la "source de vie", la fontaine octogonale d'où jaillit un ruisseau au lit de perles de diamants et de rubis.

L'agneau ressuscité

Des quatre coins du tableau des groupes humains, venus de loin, à pieds ou à cheval, s'avancent et se prosternent pour venir lui témoigner leur gratitude. Ils sont rassemblés en 8 groupes, qui se répartissent entre le panneau central et les panneaux latéraux .

Petite parenthèse: Dans la bible, le chiffre "8" est symbolique. Il représente un commencement et la résurrection du Christ (qui eut lieu le 8ème jour). C'est pourquoi les fond baptismaux ont une forme octogonale...

Dans le panneau central :

Au 1er plan, de gauche à droite du panneau central, deux cortèges se font face. Le cortège situé à gauche est composé de personnages de l'Ancien Testament. Ce sont des hommes barbus, aux coiffes diverses et variées, les patriarches (ceux qui ont peuplé la Terre avec leur descendance) et des prophètes agenouillés (ceux qui annoncent ce qui va se passer) .

L'agneau ressuscité

Le second cortège qui leur fait face, regroupe des personnages du Nouveau Testament. Agenouillés, 12 hommes habillés de robes de bure (étoffe de laine épaisse), sont les apôtres (ceux qui annoncent l'Evangile, c'est à dire, le "plan divin" qui doit sauver l'humanité; Ils sont 12, auxquels s'ajoutent le 13eme Paul de Tarse). Derrière eux est assemblé la hiérarchie de l'Église (les successeurs des apôtres) - les papes, les diacres et les évêques, portant des bijoux somptueux et des vêtements évoquant le rouge vif des martyrs.

L'agneau ressuscité

A l'arrière-plan deux nouveaux groupes, se rencontrent comme s'ils venaient d'apparaître des buissons environnants. Sur la gauche, les Confesseurs de la Foi (ceux qui se sont battus pour leur Foi et qui ont été persécutés et torturés. Contrairement aux martyrs, ils n'en sont pas morts), apparaissent en groupe compact, presque tous parés de bleu .

L'agneau ressuscité

De l'autre côté, les Vierges Martyrs et Saintes femmes avancent palmes à la main (les palmes étaient agitées par la foule lors de l'entrée de Jésus à Jérusalem. Commémoration de cet épisode lors du Dimanche des Rameaux).

L'agneau ressuscité

Au milieu du panneau, tandis qu'au 1er plan la fontaine symbolise la vie éternelle, à l'arrière plan, tout en haut du panneau, à la manière d'un coucher de soleil inversé, une colombe de lumière symbolise le Saint-Esprit.

L'agneau ressuscité

Dans le panneau situé juste à gauche du panneau central, les cavaliers représentent les Soldats de Christ. Les chevaliers du Christ sont ceux qui ont mis leur épée au service du Christ, selon l'idéal chevaleresque du Moyen Age.


Ces chevaliers illustrent les croisades qui débutèrent en 1096.

Ils sont suivis sur le panneau à l'extrême gauche par les justes Juges. Ce panneau a été volé en 1934, c'et le peintre belge Jef Van der Veken qui fut chargé d'en réaliser la copie peu de temps après.

L'agneau ressuscité

Juste à droite du panneau central se trouvent les Ermites, qui ont renoncé au monde. Ils sont accompagnés par deux femmes : à gauche Sainte Marie Madeleine, tenant un pot, soit de onguent (pommade), avec lequel elle lava les pieds du Christ, soit d'arômates qui lui servit à embaumer le corps du Christ. A côté d'elle, sa soeur Marthe.

Au milieu d'eux se trouve Pierre avec sa longue barbe et sa croix brodée sur son habit.

Sur le panneau à l'extrême droite, les Pèlerins sont menés par un très grand homme, il s'agit de Saint Christophe, drapé d'un manteau rouge. Il tient dans sa main droite un bourdon (le bâton du pèlerin) et son autre main indique le chemin à suivre. Derrière lui se tient St Jacques le Majeur, l'un des douze apôtres du Christ. Il était pêcheur, on le reconnaît à son le chapeau de feutre à larges bords orné d'une coquille Saint-Jacques. Il porte l'habit du pèlerin en référence au pèlerinage à St Jacques de Compostelle.

L'agneau ressuscité

Les panneaux supérieurs:

Le panneau central : il est divisé en 3 parties verticales.

L'agneau ressuscité

En son centre trône Dieu le Père, couronné d'une tiare papale à bandelettes, blanche ornée de pierres précieuses. Dans sa main gauche il tient le sceptre de cristal des empereurs, dont la transparence est parfaitement rendue. Sa main droite est levée en signe de bénédiction. ses trois doigts levés signifient les 3 personnes en une seule nature : Si on suit une ligne verticale sous Dieu le père, nous trouvons la Sainte Colombe et l'Agneau Mystique : ainsi l'image du Père, du Saint Esprit et du Fils se superposent.
La tête de Dieu est entouré de " demi-cercles dorés où sont écrits en latin avec quelques caractères grecs, des mots le présentant comme Dieu Tout Puissant. Dieu est enveloppé d'un manteau rouge orné de bijoux. On peut lire sur l'écharpe dorée de son habit le mot "SABAWT" inscrit en perles. Le bas de riche son habit est également orné d'une inscription : "ANANX ANANXIN PEX PERV" .

A gauche du panneau central se trouve la Sainte Vierge, tournée vers Dieu le Père. Elle est vêtue d'une robe et d'un manteau bleus bordés de dorure et pierres précieuses; Elle est coiffée d'une couronne de pierres précieuses décorée de fleurs de lys blanches , de roses rouges et de brins de muguet au dessus de laquelle flottent 8 étoiles. Sa tête est auréolée de deux demi-cercles où est inscrit :"HAEC EST SPECIOSIOR SOLE. SUPER OMNEN STELLARUM DISPOSITIONEM LUCIDIOR.....SPECULUM SINE MACULA".

A droite du panneau central Saint Jean Baptiste est tourné vers Dieu le Père. Jean Baptiste est le prophète qui a annoncé la venue de Jésus et l'a désigné comme "l'agneau de Dieu". Sa représentation diffère de celle de la vierge par son austérité : Ses cheveux longs et sa barbe épaisse et brune lui donne une image sombre. Il a les pieds nus.

Jean le Baptiste est le prophète qui annonça la venue de Jésus et l'a désigné comme "l'agneau de Dieu". Sa main gauche retient un livre sur ses genoux, sûrement celui de l'Ancien Testament (tout comme la vierge lit sûrement le livre du Nouveau Testament). Sa main droite, levée vers Dieu, désigne celui-ci. Il porte un ample manteau vert bordé par des pierres précieuses. On aperçoit qu'il porte en dessous sa traditionnelle tunique en poils de chameau (Jean mena une vie d'ascèse (d'autérité) "caché dans le désert", "Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage", Matthieu3.4).

L'agneau ressuscité

Le panneau central supérieur est entouré par 4 panneaux, répartis deux par deux de chaque côté des 3 figures centrales. Celles-ci sont entourées par les anges qui chantent ou jouent des instruments. Aux extrémités droite et gauche de la composition sont peints Adam et Eve.

Le panneau supérieur situé juste à gauche de celui de la vierge : représente les anges chanteurs (ou enfant de choeur chanteurs car ils n'ont pas d'ailes). Rassemblés autour d'un lutrin (petit meuble pour poser un livre), les anges chantent. L'ouverture de leurs bouches et leurs expressions font deviner à quel registre appartient leur voix. Au 1er plan, l'ange bat la mesure de la main droite en même temps qu'il chante.

Le panneau supérieur situé juste à droite de celui de St Jean Baptiste représente les anges (ou enfants de choeur...) musiciens avec leurs instruments : un orgue, une vièle à archet et une harpe.

Aux extrémités droite et gauche de la composition sont peints Adam et Eve. Leurs figures rappellent le péché qui rendit nécessaire la Rédemption (Dieu sauve les hommes de leurs pêchés). ils ont été peints dans des niches en trompe-l'oeil, réhaussés par deux niches en bas-relief représentant au dessus d'Adam, les sacrifices de Caïen et d'Abel : Abel sacrifie son 1er agneau à Dieu tandis qu'Abel, l'agriculteur, offre une partie de ses récoltes. Au dessus de Eve, on voit le meurtre d'Abel par son frère.

L'agneau ressuscité

Description du polyptyque fermé:

La plupart du temps le polyptyque était fermé. Ses panneaux extérieurs, peints dans des tons neutres, se fondaient dans l'atmosphère austère de l'église. Ce n'était que pendant certaines époques de l’année (les grandes fêtes religieuses, les jours de fête du patron d’une église) que le retable restait ouvert.

L'ensemble rassemblent 8 panneaux de chêne, tous peints dans un camaïeu de beige à l'exception de la représentation des donateurs dans les panneaux situés aux extrémités inférieures. L'extérieur du polyptyque se présente sur 3 niveaux avec 2 étages, compartimentés en 4 volets chacun.

L'agneau ressuscité

La partie inférieure:

La partie inférieure représente 4 niches gothiques en plein cintre (l'arc est arrondi) ornés de trilobes (division en 3 lobes: 3 feuilles de trèfle) peints en trompe-l'œil. Les deux du centre abritent les figures de Saint Jean-Baptiste et de Saint Jean l'Evangéliste. Ils sont peints en "grisaille" couleur monochrome imitant la pierre pour imiter les sculptures. Les deux saints sont situés sur une base octogonale (on retrouve les 8 côtés), sur lesquelles sont gravés leurs noms. Ces saints ont un rapport direct avec le thème central du retable.

Jean-Baptiste occupe une place d'honneur en tant que titulaire de la cathédrale et patron de la ville de Gand. il porte son attribut habituel: l'Agneau de Dieu. L'agneau figurait traditionnellement comme emblème sur les sceaux de corporations de laine, et il a évidemment une connotation spéciale pour la ville de Gand, qui rappelons-le, était la plus grande cité du drap dans toute l'Europe du Moyen-âge finissant.

St Jean l'Evangéliste, lui apparaît ici comme l'auteur de l'Apocalypse, révélateur de la vision de l'Agneau mystique. Il fait le signe de croix sur la coupe empoisonnée d'où sortent 3 serpents. La draperie des personnages est assez lourde et anguleuse comme celle des sculptures.

Dans les deux niches extérieures de la partie inférieure, le couple de commanditaires est représenté dans la position d'Adoration: agenouillés, les mains jointes en prière. La présence des commanditaires laisse penser que cet objet avait pour fin une dévotion privée. A gauche, Joos Vijd se présente tête nu dans une simple robe de drap rouge ourlée de fourrure brune. A sa ceinture pend une sacoche de cuir. A l'autre extrémité, son épouse Elisabeth Borluut, vêtue d'une robe couleur corail, doublée de tissu vert, porte un col de toile blanc. Sa tête est recouverte d'un voile, lui-même recouvert d'un coton blanc qui descend pour couvrir ses épaules. Ces deux portraits semblent très factuels; le mari apparaît comme un homme bienveillant et la femme apparaît telle une matrone avec de grandes responsabilités.

L'agneau ressuscité

La partie centrale:

Au premier étage, un intérieur flamand, au sol carrelé accueille l'Annonciation (l'Incarnation du fils de Dieu dans la Vierge) avec laquelle commence la Rédemption de l'humanité.

L'Archange Gabriel et la Vierge Marie sont séparés par deux panneaux intermédiaires. Cet espace, créé entre les deux personnages, génère une séparation entre le monde céleste et le monde terrestre. Dans ces deux panneaux centraux, le peintre peint en perspective l'intérieur d'une pièce bourgeoise: le panneau central de gauche présente une fenêtre arquée s'ouvrant sur une ville flamande (on reconnaît les pignons à redents des maisons du Nord) et celui de droite dévoile un coin de toilette avec un lavabo et une serviette blanche dans une niche, conférant à la pièce un caractère très intime. (traditionnellement, l'Annonciation est toujours représenté dans une pièce close et intime, souvent la chambre de Marie).
La scène apparait de façon très réaliste au spectateur; pour parfaire l'idée de trompe-l'œil, le peintre a peint la projection de l'ombre des montants du cadre dans la pièce.

L'agneau ressuscité

La partie supérieure:

Les panneaux de l'Annonciation sont coiffés de 4 panneaux arqués. On y trouve 4 personnages, issus de la Bible (les prophètes) ou du monde gréco-romain (les sibylles), annonçant la venue du Sauveur selon la tradition de l'Eglise médiévale. Les deux panneaux centraux présentent les deux sibylles et les deux latéraux les deux prophètes.

La lunette voutée de gauche abrite le prophète Zacharie. C'est un personnage biblique, qui a vécut vers 500 av JV. Il a écrit un livre annonçant la venue du Messie. Il est considéré comme le prophète principal de la passion du Christ. Au dessus de lui, une phrase inscrite dans un phylactère dit:"Exult a satis filia Syon iubila, ecce, rex tuus venit" (Exulte de joie, fille de Sion, voici que ton roi vint à toi.)

L'agneau ressuscité

La lunette à l'extrême droite présente le prophète Michée, drapé dans un manteau doublé de vair (fourrure) , il regarde Marie. A côté de lui, un livre est posé et au dessus de lui est inscrit: "Ex te egredietur qui sit dominator in Israel" (mais c'est de toi que sortira celui qui doit régner en Israël.)

L'agneau ressuscité
Les sibylles d'Erythrée et de Cumes :

Dans le panneau central de gauche, la sibylle d'Erythrée est vêtue d'une robe blanche bordée d'or et d'une cape. Sa tête est recouverte d'un turban blanc rayé de bleu, placé sur un carré de tissu qui recouvre ses épaules; une perle pend à son oreille droite. il est écrit au dessus de sa tête : "Nil mortale sonans afflata es numine "(Tu ne prononceras pas de parole humaine, mais tu es inspirée par la divinité.)

A côté d'elle, la sibylle de Cumes. C'est la sibylle la plus connue du monde grec. Elle a l'image d'une voyante dont le pouvoir est illimité. Apollon la condamna à vivre 1000 ans. Dans la chrétienté, c'est elle qui annonce la naissance de Jésus-Christ. Elle est plus richement vêtue : elle porte une robe bordée de fourrure et un corsage brodé d'or bleu; Sa tête est coiffée d'un riche turban bordé de perles. Au dessus d'elle le phylactère dévoile ces mots: " Rex adveniet per secla secla futurus, scilicet in carne " (un roi viendra, c'est à savoir dans les siècles futurs. Présent en chair...)

L'agneau ressuscité

L’épanouissement de la peinture flamande débute selon plusieurs historiens de l’art avec ce chef-d’œuvre.

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