Né en 1938 dans une grande famille de lettrés chinois à Nantong, dans la province du Jiangsu, Fan Zeng est un grand maître de la peinture, connu en Chine comme à l'étranger. En plus de la peinture, il excelle également en calligraphie et en poésie classique.
Fan Zeng, le cher inconnu
LE MONDE CULTURE ET IDEES | 15.11.2012
Par François Bougon
On s'attend à la demeure d'un lettré chinois, avec des calligraphies partout, de l'encre et des pinceaux, on se retrouve dans un appartement orné de bronzes, digne d'un bourgeois du XIXe siècle, au coeur d'un quartier aisé de Paris. C'est le pied-à-terre de Fan Zeng, 74 ans, un peintre traditionnel qui vit entre la France et la Chine. Mais pas n'importe quel peintre : ce descendant d'une famille de fonctionnaires et de lettrés - dont Fan Bozi, homme de lettres et conseiller politique de la fin de la dynastie Qing - est, en 2012, l'artiste chinois vivant le plus cher. (...)
Ses oeuvres, ancrées dans l'histoire de son pays, sont destinées au strict marché chinois. La peinture traditionnelle représente même plus de la moitié du marché de l'art en Chine, où il est de bon ton, parmi les hommes de pouvoir, les militaires et les nouveaux riches de posséder un Fan Zeng. (...)
Maître Fan Zeng reçoit donc chez lui, à Paris, où il vit plusieurs mois par an, tel un chef d'Etat. Vêtu d'une veste traditionnelle chinoise, il est entouré de son assistant personnel et d'amis, dont l'un prend les inévitables photos de groupe qui, en Chine, constituent le signe extérieur de puissance. Il aime parler, séduire, être écouté. Sur son visage rond, les deux sourcils se détachent, noirs, comme deux traits de pinceau, contrastant avec sa chevelure blanche. Entre deux questions, il boit son thé.
Il appartient à cette génération de Chinois née entre les deux guerres mondiales pour laquelle la France occupait une place de choix. L'une de ses passerelles avec ce pays a été Fu Lei, un critique d'art qui a traduit des auteurs français. "J'ai été énormément influencé par Fu Lei, qui a mélangé la littérature classique chinoise et la littérature française", confie Fan Zeng, qui s'est nourri aussi de Balzac, de Zola, et du Jean-Christophe de Romain Rolland.
C'est à Paris qu'il a trouvé un refuge temporaire peu après le massacre de Tiananmen, en 1989. Il est alors membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois, une sorte de Sénat sans pouvoir, mais il s'éloigne pour, dit-il à l'époque, "trouver la liberté de l'âme". Il prend soin de ne pas demander l'asile, expliquant ne pas avoir agi "avec des arrière-pensées politiques". "Ma démarche est purement spirituelle, c'est l'art qui m'appelle", déclare-t-il alors, précisant qu'il "attendra le jour où fleuriront les fleurs de la liberté pour rentrer au pays". Mais, deux ans plus tard, il est de retour en Chine, et certains, dans la dissidence, critiqueront sévèrement son opportunisme. Lui affirme ne pas avoir trahi ses engagements. Interrogé vingt-deux ans après sur une possible "réhabilitation" du mouvement de Tiananmen, il répond, prudent, en parlant de lui à la troisième personne : "Ce n'est pas à Fan Zeng de décider seul. Dans un avenir lointain, il y aura un processus de réexamen. C'est un grand événement historique, il y aura une réponse à l'issue de ce réexamen." Fan Zeng fait à présent partie de ces lettrés choyés par le Parti communiste chinois (PCC), qui a intronisé le 14 novembre son nouveau chef, Xi Jinping. (...)
Malgré sa proximité avec le pouvoir et son goût des honneurs, Fan Zeng revendique sa liberté, comme les lettrés d'autrefois, qui "n'avaient pas de mission sociale", précise-t-il. Il explique : "Avec un savoir et un discernement de plus en plus importants, ils ont accumulé beaucoup de connaissances sur le confucianisme, le bouddhisme et le taoïsme, mais ils n'étaient pas emprisonnés par ces trois doctrines, ils avaient leur propre esprit et leur propre individualité." La Chine évolue, affirme-t-il, mais elle ne trouvera sa voie que par elle-même. (...)
retrouver l'article sur http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/11/15/fan-zeng-le-cher-inconnu_1791419_3246.html
Pour la première fois, le public français est invité à découvrir l'oeuvre de Fan Zeng à travers ce livre de portraits, genre dans lequel il excelle. On y rencontre des sages taoïstes, des moines calligraphes, des poètes narchistes, des lettrés exilés, des peintres célèbres, des animaux symboliques ainsi que de nombreux enfants. Des enfants malicieux qui jubilent de vivre, des enfants résolus qui accompagnent Lao Zi - le fondateur emblématique du taoïsme -, des enfants frondeurs qui jouent avec des singes, des enfants appliqués qui enseignent à leur tour à de vieux sages... La présentation et les commentaires de Cyrille Javary, spécialiste de la culture chinoise, mettent en perspective cette heureuse connivence entre le vieux sage et l'enfant. A la fois hommage aux grands maîtres tels que Lao Zi, Zhuang Zi ou Bodhidharma, et éloge de la part d'enfance contenue en chacun de nous, ce livre illustre magistralement tout un art de vivre chinois fondé sur la transmission de la sagesse. Paru en 10/2005 chez Albin Michel