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HABEMUS PAPAM

Posted on February 12 2013, 11:42am

Categories: #isabelle goude

HABEMUS PAPAM

La curie vaticane aux prises avec la diablerie ludique de Nanni Moretti (Le Monde 06.09.2011).

A l'opéra, on appelle ça une prise de rôle. Pour le cardinal Melville (Michel Piccoli), jadis candidat malheureux au conservatoire d'art dramatique, on dira élection pontificale. Et comme un baryton qui, s'apprêtant à chanter Don Giovanni, découvre qu'il manque quelques tons à son registre, le cardinal est saisi d'une étrange paralysie. Nous avons un pape, mais le pape ne se possède plus. A peine élu, sans même avoir pris la peine de choisir son nom pontifical, Melville (Michel Piccoli) saute les murs de la cité du Vatican et se perd dans la Rome séculière.

Malgré son titre en latin, malgré le poids des rituels catholiques romains qui organisent les premières séquences, Habemus Papam n'a que peu de chose à voir avec la religion et la foi.

Pendant que le vieux prélat va jusqu'au bout de ses doutes, le Vatican est le théâtre d'une série de mises en scène aussi dérisoires que virtuoses, par lesquelles Nanni Moretti se moque de la religion, du journalisme, de la psychanalyse du sport (qu'il a toujours pris très au sérieux) et, enfin et surtout, de lui-même.

Le porte-parole tente de dissimuler qu'il a égaré son souverain pontife tout neuf ; après avoir échoué à convertir les cardinaux à la théorie freudienne, le psychanalyste organise un tournoi de volley-ball au sein de la Curie romaine ; les vaticanologues usent leur salive à construire un discours autour d'un événement inexpliqué.

Habemus Papam est l'un des plus beaux films de Nanni Moretti, un spectacle d'une invention constante.

La silhouette blanche du nouvel élu dans un labyrinthe où manoeuvrent des gardes suisses ou la spectaculaire confrontation finale entre Melville et les cardinaux sont à la fois des moments de bonheur cinématographique et le signe rassurant que le grand homme découragé désire encore tenir son rang, à sa place, derrière la caméra. (Le Monde 06.09.2011).

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