L'Hôpital Saint-Jean, remarquable ensemble architectural du 12e siècle, abrite depuis 1967, le Chant du Monde de Jean Lurçat (1957-1966), manifeste d'un artiste engagé. L'ancien orphelinat (17e siècle) présente le fond constitué principalement des donations Lurçat, Thomas Gleb et Josep Grau-Garriga.
"Le chant du monde" de Jean Lurçat
Manifeste d'un artiste engagé, cet ensemble de dix tapisseries constitue une vision épique, poétique, symbolique et humaniste du 20e siècle.
Le Chant du Monde de Jean Lurçat est exposé dans la grande salle des malades de l'hôpital Saint Jean depuis 1968. Il est venu remplacer les collections du musée archéologique présenté dans cet espace depuis 1874.
Cette suite de dix tapisseries monumentales (347 m²) est un hommage à la tenture de l'Apocalypse médiévale, présentée au château d'Angers. Jean Lurçat (1892-1966) découvrit ce chef-d'œuvre en 1937 et cette " rencontre " eut une influence décisive sur son activité artistique. C'est à partir de 1957 que le peintre cartonnier fait tisser à Aubusson les dix pièces de son Chant du Monde. Vaste symphonie textile sur la destinée humaine, la tenture partant de l'apocalypse nucléaire d'Hiroshima, en passant par la conquête de l'espace,veut exprimer la victoire finale de l'homme vivant en harmonie avec le monde et les éléments. L'artiste aurait souhaité poursuivre son chant interrompu à son décès en 1966.
Au musée de la tapisserie contemporaine, un ensemble d'œuvres de Jean Lurçat permet d'approfondir ses connaissances sur cet artiste. Grâce à l'importante donation de Simone Lurçat en 1988 et à une politique d'achats réguliers le musée présente quelques grands tableaux de l'artiste. La présentation chronologique permet de suivre l'évolution de sa peinture et d'aborder les principaux mouvements qui ont animé l'art de la première moitié du 20e siècle, notamment le cubisme et le surréalisme.
Jean Lurçat appartient à la génération qui suit celle de grands cubistes comme Picasso ou Braque et qui a subi les séquelles de la guerre de 1914-1918. Issu de ce choc, les dadaïstes et les surréalistes ont remis en question le statut de l'art. Jean Lurçat s'inscrit dans ce mouvement tout en conservant et en développant une palette colorée particulièrement séduisante dont la spécificité et les qualités ont été soulignées dès les années 1920-1930 par les critiques d'art.
Une place importante est également dévolue à sa tapisserie : Jean Lurçat est un des acteurs majeurs du mouvement de la " Renaissance de la tapisserie française " d'après guerre. Dès les années 1910-1920, il s'intéresse au mural et à la tapisserie en faisant réaliser des canevas à l'aiguille. Après la guerre, il met au point différentes techniques dont celles du carton numéroté ou du tissage à gros points qui permet une bonne transcription des cartons par l'atelier chargé de les exécuter. Il revendique un langage spécifique pour la réalisation du carton : l'écriture et les contours doivent être simplifiés. Il s'appuie en cela sur l'étude et la connaissance qu'il a de la tapisserie médiévale.
Thomas Gleb
(Lodz, 1912 - Angers, 1991)
Thomas Gleb (de son vrai nom Yehouda Chaïm Kalman) est né en 1912 à Lodz en Pologne dans une famille juive de tisserands.
Il est lié à l’histoire angevine par les rencontres, les amitiés qu’il a su y nouer. Tout a commencé en 1965 lorsque Pierre Carton, qui dirigeait l’atelier de tapisseries de l’école des Beaux-Arts, proposait à ses élèves de tisser d’après des maquettes de Gleb. En 1968 le premier atelier de tapisserie d’Angers, l’ATA, commence une collaboration fructueuse avec Gleb. En 1987, une grande exposition Thomas Gleb est organisée au musée Jean Lurçat et de la tapisserie contemporaine. Thomas et sa femme Maria choisissent de s’installer à Angers en 1989. L’exposition La tapisserie patrie de Thomas Gleb salle Chemellier en 1990 à Angers préfigure une importante donation au musée de 24 tapisseries et 11 sculptures. Une salle permanente dédiée à Gleb s’ouvre en 1991, année où décède l’artiste.
Trois espaces permanents sont réservés à la présentation des œuvres de Thomas Gleb au musée de la tapisserie contemporaine. Parmi les œuvres majeures, on peut citer Shabatt ou Les tables de la Loi.
« J'appris la Torah- J'appris les Dix Commandements qui devinrent, après cinquante ans de gestation, une source d'inspiration : Tu y trouveras des traces de mes sentiers qui mènent à la source, à un commencement », se souvenait Thomas Gleb. Il s’intéresse alors aux douze tribus d'Israël, réunit la documentation sur ce thème et débute, de 1958 à 1959, des peintures sur ce sujet biblique.
En 2012, l’exposition "Sacré Blanc ! Hommage à Thomas Gleb" au musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine, proposait de mettre en regard l’œuvre de Gleb et les réalisations d’une cinquantaine d’artistes contemporains sur le thème du blanc et du sacré.
Josep Grau-Garriga
(Sant Cugat del Valles, 1929 - Saint-Mathurin sur Loire, 2011)
Peu après 1989, date de ses expositions angevines, (dans le cadre de la commémoration du bicentenaire de la Révolution française), Grau-Garriga, artiste catalan, s'était installé sur les bords de la Loire à Saint Mathurin.
Un environnement particulièrement favorable : un grand atelier pour la peinture, une grange-atelier pour la tapisserie, la proximité de la Loire et de ses lumières magnifiques, une famille qui l'entoure font de cette période, une étape particulièrement féconde et créatrice pour l'artiste.
La qualité du travail favorisée par la proximité géographique avec Angers, l'amitié, font naître le projet d'une exposition faisant le point sur ces dix dernières années de création (1990-2000). Ainsi en 2002, le musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine expose ses dernières créations tissées, l'abbaye du Ronceray ses peintures à sujets religieux, la salle Chemellier ses portraits peints.
A la suite de ces expositions, Grau-Garriga a souhaité offrir l'ensemble des œuvres de la salle "Paquebot" à la ville, quatre tapisseries monumentales et deux dessins qui appartiennent au cycle d’œuvres sur l’enfance de l’artiste en Catalogne, la vie à la campagne, un hommage à ses parents et au couple. La rudesse et la douceur sont physiquement sensibles lorsque l'on pénètre dans la salle.
L’artiste avait accepté de créer un vitrail surmonté de panneaux peints et de textiles pour la deuxième porte d’entrée intérieure de l’église de Saint Mathurin sur Loire. Il avait choisi pour cette œuvre le thème de la paix et l’ouverture au monde. Depuis février 2012, il est possible de découvrir La Porte de la paix.





